Je n'ai jamais été très proche de la scène ska. La seule référence que j'avais était
No Doubt, souvenir de mes très (très) jeunes années passée sur la route Laurentides-Outaouais et de mon père
entiché de
Gwen Stefani. L'image du boitier de Tragic Kingdom restera à jamais dans ma mémoire.
En arrivant au cégep, j'ai rencontré des gens qui, eux, étaient à fond dans le reggae, ska et indie rock et qui étaient surtout très attachés à un groupe de la région. Dans ma première année, j'ai découvert une culture tout à fait différente constituée de gens vraiment originaux. Là entrent en scène Les Skores.
Le collège chez moi est ce qui se rapproche le plus d'une organisation prônant la culture. Mon patelin inactif devient frémissant lorsque s'annonce un show, encore plus si il est le chouchou de la maigre jeune génération. Et cette dernière se démène volontiers pour que tout fonctionne. J'ai donc pris cette habitude chère à mes prédécesseurs et dès que j'ai entendu parlé d'un retour du band chez nous pour une soirée,
je me suis précipitée pour faire partie du comité de bénévoles.
Cette fois, je ne passerais pas la soirée à ne pas assister au spectacle parce qu'une ami qui habite à une heure de route a besoin d'un transport de dernière minute pour venir nous rejoindre...
Au menu: être payée environ 50$ pour voir gratuitement
The Beatdown, les Skores et Planet Smashers
avec, en prime, le sentiment d'avoir contribué à mon collège
Une fois la besogne (ennuyante, certes) accomplie, j'attend que ma caisse soit comptée par la superviseure. Et là... une espèce de folle complètement défoncée vient m'engueuler parce que j'ai passé la soirée à faire mon travail plutôt que d'aller profiter de la bonne musique, qui m'était tout de même promise dans à peine 5 minutes. La gardienne de sécurité surement dans son monde rempli d'innocence regarde à peine dans ma direction et je dois attendre que le concierge distrait l'espèce d'épave qui me fait la morale avant d'être enfin libérée.
À bout de nerfs, je fais les gros yeux à mon ami qui surveille la porte. Surement le seul qui entend ma rage étouffée par mon pacifisme habituel, Z vient me rejoindre. ''Dès que AQ revient, on va voir le show.'' Merci! J'attends ça depuis deux heures. Enfin, celui que mon ami remplaçait revient, ma caisse est en sécurité, c'est maintenant à mon tour d'entrer dans ce drôle d'endroit qui sent l'alcool, la sueur et les substances illicites (bah nooon!).
''J'ai trouvé 20$ par terre, je te paie une bière!'' Hmm.. Non.. Peut-être? Ah pis
f*ck oui. Oui, merci. Je l'engloutis pendant l'entracte juste le temps d'enfin socialiser avec mes amis. La musique recommence,
Z veut m'entrainer dans le
mosh pit. J'avoue avoir peur et
AB, mon presque frère m'appuie.
''Rosie, si tu y vas, je veux pas te voir au milieu.''
Bref, trois chansons plus tard, je suis juste avant le noyau le plus violent, mais bien en train de
skanker dans le coeur de l'action, innocemment protégée par mes deux 'gardes du corps' qui me trouvent trop petite pour recevoir autant de coups. Quelques temps plus tard, je parviens à me frayer
à mes risques et périls un chemin jusqu'à la scène même qui s'avère plus calme que le reste. J'y reste à peine 30 secondes avant de me faire littéralement éjecter par des colosses qui veulent ma place et repropulser dans la danse par une fille qui trouve que j'y ai ma place.
Ça fait peur, ça bouge, ça n'a pas de sens et, à un certain point, c'est comme de la transe où le mouvement collectif décide de ceux que j'aurai le droit de faire. Puis, c'est fou, c'est entraînant c'est plein d'adrénaline et d'entraide quand quelqu'un voit que t'es en difficulté et t'aide à te relever. Mais surtout, surtout c'est quelque chose à essayer absolument et qui va surement rester un excellent souvenir qui resurgira à chaque fois que je verrai mon t-shirt acheté sur place.
Dans vingt ans, surement que je me dirai ''La première fois que j'ai vu les Planet Smashers, je suis revenue épuisée, puante du restant de bière du guitariste, endolorie, affamée et avec mes bottes militaires amochées, mais ô combien impressionnée''