25 oct. 2014

Piques

Je déteste qu'on me juge sur mes tatouages. Pas que ça arrive si souvent, et même pas de façon si explicite du genre ''Enfant du diable, te tacher la peau ainsi!''... Mais c'est tout de même assez désagréable de voir un visage se fermer alors que je montre ainsi quelque chose qui fait, même si c'est affiché modérément à la vue d'autrui, partie de mon intimité.

Je ne bois que très peu, je sors à peine, j'ai d'excellents résultats scolaires, je n'ai jamais pris de drogue (et je ne le regrette pas, au contraire), j'ai une alimentation saine quoique gourmande, mes années de rébellion se résument à avoir teint mes cheveux en rouge et porté beaucoup de eyeliner... Bref, je suis une sympathique et bienveillante lunatique qui a de sincères valeurs et un code moral auxquels je reste fidèle.

Alors pourquoi, lorsque je montre un minuscule dessin sur ma cheville à ma grand-mère, son visage légèrement fermé et son ''Ah..!'' peu sincère me fait avoir un peu honte de mes choix?

Je suis blessée, je l'avoue. Elle me demande ''Ça veut dire quoi?'' et je me braque, mais avec le maximum de charisme que j'ai appris à utiliser pour me sortir de l'embarras. ''J'aime pas parler de mes tatouages, en fait'' *petit rire*. Peut-être que si je lui avait expliqué, elle aurait laissé faire son léger air pincé. Peut-être que si je lui avait expliqué, elle aurait fait ''Wow, c'est beau''. Et peut-être qu'elle a dit ''Wow, c'est beau'' parce que c'est un simple et beau petit dessin. Mais je ne m'en souviens pas, parce qu'elle avait un petit air pincé.

Le problème, ce ne sont pas les gens qui n'aiment pas un certain tatouage que l'on a. On fait parfois des erreurs de jugement ou ils sont difficiles à lire pour l'autre ou le modèle n'est simplement pas dans les cordes de l'autre. Mais ça on s'en fout, tous les goûts sont dans la nature.
Non, le problème, c'est qu'ils se sentent obligés de le montrer, de critiquer ou de demander ''Mais pourquoi tu fais ça? T'avais pas d'autres dépense plus utiles? Et t'auras l'air de quoi à mon âge?''

Le problème, c'est qu'ils ne comprennent pas et ne peuvent pas vraiment comprendre. Je ne parle pas des tatouages qui passent de mode ou faits sur un coup de tête. Je parle de ceux que, dès qu'on a vu ou travaillé sur le dessins, on l'a senti jusque dans nos tripes qu'il devait être sur notre peau. Ceux qui font partie intégrante de notre identité. Ceux qui deviennent un besoin viscéral d'expression, non pas de soi à l'autre, mais bien de soi à soi. Je m'encre, je m'ancre à moi, je me parle à moi, je me vise personnellement, je me laisse un message comme un post-it qui ne risquera jamais de se perdre au vent. Je m'accroche à moi, à cet instant, dans cet état homéostatique.

Je ne peux pas dire pourquoi je le fais, Je ne peux pas dire pourquoi c'est si important. Je ne peux pas leur dire ce que ça veut dire. Je ne peux pas leur faire tout le schéma du cheminement mental que j'ai fait de la création à l’exécution à la guérison. Parce qu'en le faisant, j'ai évolué, le tatouage à évolué, mes idées ont évoluées, j'ai appris.

Ça n'a rien de physique, tellement rien de financier, à peine esthétique (un peu quand même, j'exige de la qualité tout de même). C'est tout à fait spirituel, et la douleur aussi. Mais surtout la fierté.
Et si vous saviez ce que ça signifie...


17 juil. 2014

Le martyr sur dérailleur

Je déteste le vélo. Enfin, je de déteste m'acharner à faire rouler mon vélo. Oui, comme n'importe quel enfant ayant vécu son enfance avant 2010, j'ai été à vélo de 9h du matin à 9h du soir du mois d'avril au mois de septembre quand j'étais gamine. On se faisait des histoires, des quêtes, des conquêtes de territoires et tout le bataclan juste pour avoir une raison de chevaucher nos fidèles destriers de métal. Mais maintenant, j'ai 19 ans, de la paresse, de la peur, un vélo de merde et un asthme mal traité me faisant souffler comme une déchaînée. Ainsi, je déteste le vélo.

J'aime cet homme. Ce grand énergumène philosophe mal à l'aise avec sa propre grandeur d'esprit et sa beauté maladroite. Ce fils d'entraîneur qui bouffe de la junk, fume des clopes et se démène avec son cardio de merde à essayer de me convaincre des bienfaits du sport. Et, cet homme qui n'a aucun autre transport, mon homme qui essaie de me convaincre des merveilles du vélo. Damn it.
C'était la même chose chaque semaine : ''Si on va chez ton grand-père, tu pourras le ramener, y ira sur la piste cyclable!'' Oui, F., il est possible de le ramener. Si je ne l'ai pas encore, c'est bien par acte manqué.
Et il y avait son homonyme et ma sœur qui s'y mettait aussi: ''Ah oui! On pourrait aller faire du vélo à quatre!'' Oui, mes amis, on pourrait. Je pourrais aussi rester bien tranquille sous la couette avec une tasse de thé et un bon livre. Bonne nuit.
Mais, j'aime cet homme. Ainsi, je dis à mon géniteur: ''On va chez grand-père, on va le ramener. F. veut qu'on aille sur la piste cyclable.'' Mon père embarqua donc mon vélo dans la Grand Caravan et le déposa sur notre gallerie. Il y dormi deux semaines.
Et l'homme que j'aime continuait: ''J'aimerais faire du vélo avec toi.'' Ce à quoi mon râle de piteuse paresse exaspérée habituel répondait avant que je change de sujet.

J'aime la vitesse, le vent, l'enivrement jusque dans les sentiments. Puis aujourd'hui, en revenant du travail, mon paternel me lance: ''Ton vélo est réparé. La molette de gauche est faiblarde, n'y touche pas. Pour le reste, tout va.'' D'ac. Cool. Merci.*À interpréter de façon vague, autant sur le ton que l'intention, ndlr* Une fois un souper moyen avalé, j'exige qu'on s'arrête au salon de thé. C'est une priorité. Mes trésors dans un petit sac de papier, je lance après y avoir pensé: ''Ouin, je pense que je vais essayer mon vélo.''
Une fois rentrée, je dépose mes joyaux de thé et libère mon bolide cadenassé. J'appréhende, je doute, je m'attend à ce que je m'essouffle... mais, plutôt, je sens la vitesse, le vent, la nostalgie qui m'enivre de vieux sentiments. Et je vol et j'ai à nouveau dix ans et je sens que je me suis ouvert une porte, c'est bien banal, mais c'est grisant.
Le sourire au lèvre et les mèches battantes, je fais mon petit tour de rue, épatée par ma propre chochotise. Je suis une grande faible d'esprit. Je m'emprisonne dans mon mépris des choses que je n'ai pas réussies du premier coup, me faisant haïr ce que j'aimais par dessus tout. Guidon et dérailleur inclus. Je me sens comme une malade en rémission qui revoit autre chose que les murs de l’hôpital. Je revis ce que j'avais mollement oublié.

Je suis retournée paisiblement chez moi, voyant un peu des étoiles et les muscles raides. Des crampes au fesses et la respiration fuyante, je me sers un verre d'eau avec une drôle de pensée: ''C'est dans le fond ça, l'amour, se sacrifier. Faire des affaires qui ne nous auraient jamais autrement tentées.'' Mais comme j'aime cet homme, la vitesse, le vent et tous nos très beaux sentiments, je n'attendrai pas une semaine de plus et j'avancerai: ''F., je voudrais bien faire du vélo avec toi.''